« Je suis préoccupé par l’étymologie même du terme photographie, il est bien question de peindre, de dessiner. Ainsi la notion d’auteur demeure centrale dans mon travail, si j’ai choisi le médium photographique, c’est pour décontruire son caractère mécanique, réintroduire la part de l’artiste qui utilise la lumière comme une matière picturale. Les monotypes que je réalise subissent divers traitements, qui les rendent uniques mais tout en renforcant leur spécificité photographique. J’agis avec la chimie comme un peintre avec sa palette, celle-ci est toujours le réceptacle (le révélateur) de la lumière avec laquelle je dessine ». Antoine Poupel.
Un monotype, pour Antoine Poupel, est une œuvre unique à caractère spécifiquement photographique, qui subit divers traitements, qui la mettent à la frontière du photographique et du pictural. L’artiste mélange les fluides qui ruisselent, s’écoulent et viennent féconder l’image. Ces tentatives alchimiques sur surfaces sensibles sont alors le moyen d'éprouver l'oeuvre dans son intégrité physique et son unicité, celle-ci apparaissant à demi révélée, comme pour mieux signifier une absence.
Depuis plus de vingt ans, les corps du crazy, magnifiés par le désir, s’offrent au regard d’Antoine Poupel. L’objectif du photographe dévoile alors les dessous de ce «dispositif de désir», traversé de formes et de lumières qui sont autant de matière qui permettent à Antoine Poupel de capter l’essence du célébre cabaret. Pénétrant au cœur de l’érotisme parisien, ces photographies sont bienveillantes, espiègles mais toujours y transparaît la confiance accordée des danseuses. L’artiste se réapproprie les corps, les dissimule parfois les érode afin de donner naissance à ses monotypes, visions subtiles et amoureuses de ces artistes charnelles.
Les épidermes que photographie Antoine Poupel, à la frontière du révélé et du maquillé, se dévoilent et se déflorent comme une chair fragile. Ils sont autant de morceaux de réalité que de fictions ébauchées. Des histoires de peaux qui parfois se heurtent à la vraisemblance d’une anatomie féminine, dont on voit poindre le désir. Par cette incursion dans des étoffes charnelles, Antoine Poupel se propose de redécouvrir l’épiderme.
Si l’immédiateté du polaroid se substitue à la révélation du tirage argentique, et souligne la dimension mécanique de la photographie, Antoine poupel se propose de réintroduire l’acte sensible par lequel le photographe agit sur la trace enregistrée. Ses polaroids sont de véritables tentatives alchimiques sur surfaces sensibles, le moyen d’éprouver l’œuvre dans son intégrité physique. Celle-ci apparaît alors à demi-révélée parfois éraflée, grattée …. Un travail qui place le polaroid, déjà pièce unique, aux frontières de la peinture et de la photographie.
Le portrait se mue souvent en une réinterprétation du sujet par le photographe. Antoine Poupel, offre d’y réintroduire la subjectivité de l’individu en transformant cet exercice photographique en une véritable collaboration. Formellement cette rencontre s’illustre en une superposition d’images et de trames. L’image du sujet photographié et celle que celui-ci désire voir mêler à sa personnalité. Ces éléments que sélectionne l’individu deviennent des pochoirs, des calques qui combinent réalité et fantasme. Immortaliser l’essence même de l’individu, en y mélant le naturel et l’onirisme, la surface et la profondeur, c’est dans ce processus alchimique puis digital qu’Antoine Poupel révéle la personnalité de chacun.
La matière n’a de cesse de nourrir l’œuvre du photographe Antoine Poupel. Sa vision subtile et épurée se révèle parfois une liaison primaire et féconde à la glaise, à un végétal foisonnant et mystérieux. La vision raffinée de l’artiste, d’ou émerge le surnaturel, mélange de pigments, de textures, offre cette cinquième saison, véritable hommage d’Antoine Poupel à cette terre d’asile.
Antoine Poupel aime à dire qu’il n’y connaît rien aux chevaux, cet eternel novice de l’art équestre n’est alors pas tenté de photographier la vraisemblance « hippologique ». Celui-ci met de la distance avec son sujet : celle de son objectif photographique qui révéle et réinterpréte depuis plus de vingt ans, les fresques chorégraphiques du théâtre équestre de Zingaro. Véritable « compagnon d’Art » de Bartabas, il a partagé le quotidien de cette troupe, l’a accompagné à travers le monde : d’Aubervilliers à New-York, de Moscou à Tokyo. De cette rencontre « fraternelle », entre deux formes artistiques est néee une véritable poésie visuelle.